La réunion d'une heure : une erreur de management… et de santé publique

La réunion d'une heure est devenue un standard. Pourtant, les connaissances scientifiques les plus récentes montrent que ce n'est pas la réunion en elle-même qui pose problème, mais son enchaînement avec les suivantes. En supprimant les temps de transition, nous avons progressivement construit des journées qui maintiennent le cerveau et le corps dans un état de sollicitation permanent.

La réunion d'une heure est devenue un standard. Pourtant, les connaissances scientifiques les plus récentes montrent que ce n'est pas la réunion en elle-même qui pose problème, mais son enchaînement avec les suivantes. En supprimant les temps de transition, nous avons progressivement construit des journées qui maintiennent le cerveau et le corps dans un état de sollicitation permanent.

Le plus étonnant est que ce phénomène est désormais solidement documenté… et qu'il pourrait être largement réduit par un simple changement de paramétrage des calendriers d'entreprise.

Nous avons normalisé une organisation qui ne laisse plus le temps de récupérer

Une journée de travail classique ressemble souvent à ceci : une réunion de 9 h à 10 h, une autre de 10 h à 11 h, puis une troisième de 11 h à 12 h. Après le déjeuner, le même rythme reprend jusqu'au soir.

Cette organisation paraît efficace. En réalité, elle laisse rarement le temps de terminer une tâche, de marcher quelques minutes, de changer d'environnement, de discuter avec un collègue ou simplement de laisser redescendre la charge mentale avant d'aborder un nouveau sujet. En quelques secondes, nous passons d'un projet stratégique à une réunion d'équipe, puis à un entretien individuel, sans véritable transition.

Nous avons fini par considérer cette succession de réunions comme une évidence. Pourtant, c'est précisément cette disparition des temps de récupération qui constitue aujourd'hui l'un des angles morts de l'organisation du travail.

Les neurosciences montrent que le stress s'accumule d'une réunion à l'autre

En 2021, le Microsoft Human Factors Lab a cherché à comprendre ce qui se passe réellement dans le cerveau lorsque les réunions s'enchaînent. Quatorze participants ont été équipés d'un électroencéphalogramme (EEG) et ont participé à deux journées de travail identiques : quatre réunions successives de trente minutes, une première fois sans interruption, une seconde fois avec dix minutes de pause entre chaque réunion.

Les résultats sont sans équivoque. Lorsque les réunions s'enchaînent, l'activité des ondes bêta, associées à un état de mobilisation cognitive et de stress, augmente progressivement. Le cerveau ne revient jamais à son niveau de base. Chaque nouvelle réunion commence avec le stress résiduel de la précédente. Les chercheurs observent également que les pics de stress apparaissent principalement au moment du passage d'une réunion à une autre, lorsque le cerveau doit abandonner un contexte pour en ouvrir immédiatement un nouveau.

À l'inverse, dix minutes de pause suffisent à faire redescendre cette activité cérébrale. Les chercheurs parlent d'un véritable « reset » du cerveau avant la réunion suivante.

Autrement dit, ce n'est pas la réunion qui fatigue le plus.

C'est le fait de les enchaîner sans récupération.

Les recommandations scientifiques et les politiques publiques convergent

Les travaux de Microsoft ne sont pas une exception. Les nouvelles recommandations de l'ANSES sur les ruptures de sédentarité convergent vers le même constat. Après avoir analysé plusieurs dizaines d'études scientifiques, l'agence recommande d'interrompre régulièrement les périodes passées assis. Ces interruptions améliorent non seulement les paramètres métaboliques, mais aussi l'attention, certaines fonctions cognitives, l'humeur et diminuent la fatigue ressentie. L'OMS invite elle aussi à limiter les périodes prolongées de sédentarité et à les interrompre aussi souvent que possible.

Cette évolution des connaissances se retrouve désormais dans les politiques publiques. Le Plan Santé au Travail 2026-2030 consacre pour la première fois une action spécifique à la lutte contre la sédentarité au travail. Son objectif n'est plus seulement d'encourager les salariés à pratiquer une activité physique, mais d'aider les entreprises à modifier leur organisation du travail afin de réduire durablement le temps passé assis et les risques associés. Le plan insiste notamment sur la nécessité d'agir sur les situations de travail et les politiques organisationnelles, plutôt que de se limiter à des recommandations individuelles.

Le mouvement n'est donc plus seulement un sujet de santé.

Il devient un enjeu de management.

Une solution existe déjà. Elle devrait devenir la norme.

Le plus intéressant est peut-être que Microsoft ne s'est pas arrêté à la publication de cette étude. L'entreprise a intégré ses enseignements dans Outlook. Google a fait de même dans Google Calendar. Les deux plateformes permettent de définir automatiquement des réunions de 25 minutes au lieu de 30 minutes, et de 50 minutes au lieu de 60 minutes, recréant ainsi cinq à dix minutes de transition entre deux réunions successives.

Pourtant, cette fonctionnalité reste largement sous-utilisée.

Le véritable bénéfice n'apparaît pas lorsqu'un collaborateur décide, seul, de raccourcir ses réunions. Il apparaît lorsque toute l'organisation adopte la même règle. Les temps de récupération deviennent alors une nouvelle norme collective. Une réunion de 50 minutes laisse le temps de marcher, de changer de salle, de terminer une action ou simplement de laisser le cerveau clôturer un sujet avant d'en ouvrir un autre. De la même manière, des réunions de 25 minutes évitent qu'une succession de points rapides ne maintienne les équipes dans un état de sollicitation permanent.

C'est pourquoi ce type d'évolution gagnerait à être porté directement par les administrateurs d'Outlook ou de Google Calendar. En activant par défaut des réunions de 25 et 50 minutes pour l'ensemble des collaborateurs, l'entreprise ne demande pas un effort supplémentaire à chacun. Elle transforme discrètement son environnement de travail pour le rendre plus compatible avec le fonctionnement du cerveau, les recommandations de l'ANSES, les orientations du Plan Santé au Travail 2026-2030 et les connaissances actuelles sur les effets de la sédentarité.

Les transformations les plus efficaces ne sont pas toujours celles qui demandent le plus d'investissements.

Elles consistent parfois à modifier un simple paramètre qui influence, chaque jour, le comportement de milliers de personnes.

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© Estelle Chauvey pour les photos des auteurs